: Fortitude: Thierry de Montbrial

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mercredi 11 novembre 2015

Les relations internationales sont à votre portée


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Informations denses et continues, absence de repères fiables, difficultés d’analyse : telles apparaissent les relations internationales ou « politique étrangère » ou « évènements internationaux ». On nous en rebat les oreilles pourtant, encore et toujours.
À l’IFRI – Institut français des relations internationales- j’ai trouvé une sorte de méthode de lecture desdits évènements internationaux qui m’a permis de mieux comprendre ce qu’il se passait dans certaines régions du monde, et de chez moi, sans avoir besoin d’une bibliographie complète sur le sujet, sans avoir besoin d’avoir habité dans la région considérée, et surtout, sans avoir besoin d’avoir fait BAC + x années… 


Source: ifri.org


Comme vous le savez peut être, mon travail et mes goûts me portent vers tout ce qui est international, et j’ai pris mon adhésion à l’IFRI (Institut français des relations internationales) pour en apprendre plus sur ces sujets brûlants. Dans le cadre de cette adhésion, je reçois le bilan annuel de l’IFRI, dénommé RAMSES 2016, c’est à dire Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies. J’ai commencé à le lire, et l’introduction, rédigée par Thierry de Montbrial (auteur du livre : « Une goutte d’eau et l’océan », voir mon article à ce sujet) m’a vraiment plu alors, je vous en dis quelques mots. 
En effet, rappeler la chronologie des évènements internationaux et en offrir une analyse de fond me paraît indispensable, noyés comme nous le sommes dans un flot continu d’informations et de commentaires ou infobésité !

Prêts pour un bref rappel de l’actualité internationale ?
D’abord, l’auteur éclaircit un point obscur sur lequel le public achoppe dès qu’on parle de relations internationales : sommes-nous vraiment dans un « ordre post-ère soviétique » ? Peut-on analyser tous les évènements de l’année écoulée dans ce cadre ? Par exemple : la crise ukrainienne, la guerre au Moyen-Orient et Daech, la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis ?
Tsss. Pour Th. De Montbrial, cette notion n’a jamais existé. Certes, il y a eu effectivement une ère dite « soviétique », que l’auteur a divisée en deux périodes bien lisibles :
-l’entre-deux guerres, marquée par les problèmes territoriaux nés de la fin de la guerre de 14 et par la crise de 1929, puis
- la « guerre froide » après 1945. Après… après, voyons cela.




L’ordre : là aussi, il faut bien comprendre qu’en fonction de la définition qu’en fait le commentateur ou l’analyste, tout ce qu’on peut en dire est radicalement modifié. Deux conceptions de l’ordre s’opposent :
a) l’ordre comme équilibre des puissances ou balance of powers (apôtre : Henry Kissinger), un petit nombre de pays s’équilibrent tant au point de vue territorial qu’économique. Il ne faut pas oublier que la politique étrangère d’un pays est principalement motivée par sa politique intérieure : s’intéresser à ses voisins proches ou aux pays dont il dépend pour ses approvisionnements en matières stratégiques (énergie, alimentaire…). L’ordre est rompu quand un pays ne respecte plus les équilibres, exemple : l’Iraq envahit le Koweït en 1990.
b) Pour d’autres, nommés « idéalistes », l’ordre, c’est le respect du droit et la mise en place d'une sécurité collective. Rien à voir avec la première définition ! D’où, importance du droit international pour résoudre les conflits au sein d’organisations comme l’ONU. 
Le règne du droit international est loin d’être acquis, comme le montre la visite du président soudanais en Afrique du Sud en juin 2015, alors qu’il fait l’objet de poursuites de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité. 
Donc, le droit international peut progresser, et là, on touche une notion très ambiguë. Le progrès peut être individuel, scientifique et technologique. Sur le plan collectif, le progrès n’existe pas, sauf sur le plan institutionnel, et uniquement sur ce plan.
Bref, dans tout ça, aucun  pseudo- ordre post ère-soviétique.

Que peut-on dire sur la période que nous traversons ? Voici ce qu’a trouvé l’auteur :
Le système international actuel possède plusieurs caractéristiques :
-multipolarité : facile, finies les jamesbonderies entre l’URSS et les USA, maintenant il y a les BRICS, et plein d’autres acteurs… les pays ennemis ont changé et les alliés aussi !
-hétérogénéité, c’est à dire différences de valeurs morales et idéologiques entre pays, et ça, ce n’est pas près de disparaître. Par exemple, clivage entre l’Europe catholique du Sud et l’Europe protestante du Nord, souvenons-nous des réactions des différents pays de l’UE à la crise grecque par exemple. On ne parle pas assez du clivage de l’Europe de l’Ouest avec l’Europe orthodoxe d’ailleurs…

Ces deux points sont les plus familiers.




-globalité : ça c’était plus dur à comprendre, en fait ce terme recouvre l’interdépendance croissante entre les pays, du fait des flux économiques et démographiques. Même si cette caractéristique n’apparaît pas clairement dans les enjeux stratégiques présents, contrairement à la multipolarité et à l’hétérogénéité, elle sous-tend tous les conflits en cours quasiment.Lla crise ukrainienne pourrait être un exemple : l’accroissement des échanges avec l’Europe de l’Ouest, non seulement commerciaux, mais culturels, technologiques, ont conduit certaines parties de la population à croire qu’ils pouvaient intégrer l’Alliance atlantique « naturellement », sans conflit ni négociations…
-complexité : oups, ça, c’est  l’effet papillon : les conséquences ne sont pas proportionnelles aux causes, cadeau ! Continuons sur l’Ukraine où la demande de l’intégration à l’OTAN a généré une guerre de basse intensité dans le Donbass et l’annexion de la Crimée par la Russie. La complexité, c’est beaucoup plus concret qu’on ne le croie, comme notion ! Et je ne vous parle pas encore du Moyen Orient…

Avec ces éléments, vous avez une explication plus raisonnée du déséquilibre du système, déséquilibre qui a généré la crise financière de 2008 et les printemps arabes.
Bon, vous me direz, tout ça… c’est quand même un peu théorique. 
Attendez la suite. 

Tiens, l’Union Européenne.  Lire ses difficultés à l’aide de cette grille permet de mieux couvrir et comprendre ce qui se passe. 
Le problème majeur de ce groupe de pays, c’est d’avoir intégré trop rapidement un grand nombre de candidats alors que l’intégration de la vague précédente de pays admis n’était pas terminée. En plus, l’euro a été conçu pour aider à cette intégration, sur une hypothèse d’économie en croissance. (concept : hétérogénéité)
Inutile de préciser que l’UE est complètement déséquilibrée, d’autant plus que des forces centrifuges sont à l’œuvre : Grexit (sortie éventuelle de la zone euro de la Grèce), Brexit (sortie éventuelle de l’UE de la Grande-Bretagne)…
Déséquilibre de sa construction, également : les pays peuvent accéder à l’UE, mais ne peuvent en sortir. Rien n’a été prévu pour une sortie soft de certains pays, en fonction de leurs difficultés. Même la constitution de l’URSS prévoyait une sortie possible de la fédération pour les républiques d’Asie centrale!
Th. De Montbrial propose un schéma intéressant sur la structure de l’UE, genre Saturne et ses satellites (pas au sens soviétique, le satellite, hein) : il faudrait plusieurs niveaux d’intégration autour du noyau fondateur France-Allemagne-Italie-Benelux (qui se souvient encore de l'anagramme Benelux à part quelques uns ?)-. Une structure atomique, avec différentes orbites qui tendraient à s'agréger à la masse centrale au fur et à mesure de leur adaptation à l’économie européenne. Qu’il soit possible de sortir des premiers cercles tout en restant dans l’UE, en fonction des difficultés et des crises affrontées. 
La Grèce, par exemple. Dans ce dossier, les dirigeants européens ont totalement négligé, et ce depuis les années soixante dix, la « résilience » des structures sociales et économiques du pays, façon savante de dire qu’aucun contrôle n’a été effectué sur l’adaptation du pays et de ses structures, des niveaux de corruption, de fonctionnement de l’économie en cash et non en argent dématérialisé, etc.

L’analyse à quatre pôles d’un évènement, à savoir : multipolarité, hétérogénéité, globalité et complexité, éviterait aux démocraties actuelles bien des écueils, notamment dans la gestion de crises internationales :

a) éviter que la passion n’enflamme le moindre débat, sans possibilité d’en sortir. Le lendemain du 7 janvier, tous les individus « qui n’étaient pas Charlie » étaient automatiquement taxés de fascisme ;

b) éviter l’idéalisme genre croire que tous les régimes qui tournent le dos à la dictature vont adopter spontanément le régime démocratique, en faisant fi de toutes les structures originales propres à ces pays. Ce qui est bien pour nous, les autres doivent le faire, ils ne s’en porteront que mieux!

Là, on arrive à Daech, espèce d’épiphénomène apparu en quelques mois et devenu une force révolutionnaire qui arrache tout sur son passage, Attila des temps modernes, totalement imprévu par les services de renseignement du monde entier (mais que fait la police ? Où est la cavalerie ? Flûte, on n’est plus dans « Rintintin »). J’aime les termes employés par l’auteur : Daech est une surprise stratégique ! La situation ne serait pas si dramatique qu’elle prêterait à rire de l’incapacité des forces dédiées à prévoir de tels retournements de situations.

Voici quelques extraits de cette introduction, pour vous donner envie de lire ce livre:











dimanche 22 mars 2015

"Une goutte d'eau et l'océan" de Thierry de Montbrial


Thierry de Montbrial, "Une goutte d'eau et l'océan, journal d'une quête de sens"

hieroglyphes.com

Le 10 mars 2015, j'ai assisté à une conférence-dédicace au siège de l'IFRI (Institut français des relations internationales, rue de la Procession, Paris XVè, faite par Thierry de Montbrial, fondateur de l'IFRI, concernant son livre "Une goutte d'eau et l'océan", "Journal d'une quête de sens". Il s'agit d'un journal de bord dans lequel l'auteur, diplomate, diplômé de l'X-Mines, partage ses rencontres avec des sommités françaises et internationales des décennies passées, et surtout, s'interroge sur les "dérives" présentes observées dans notre société. Voici ce que j'en ai compris, réflexions, résumé et extrapolations comprises: j'espère que cela vous intéressera! Réflexions libres tirées de la conférence...
Il s'agit d'un journal de bord dans lequel l'auteur, diplomate,  membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, diplômé de l'X-Mines, partage ses rencontres avec des sommités françaises et internationales des décennies passées, et surtout, s'interroge sur les "dérives" présentes observées dans notre société. Voici ce que j'en ai tiré: j'espère que cela vous intéressera! Réflexions libres tirées de la conférence...

Quelques semaines après les attentats de Charlie Hebdo, après toute cette fièvre médiatique, il m'a paru utile d'écouter ce qu'avait à dire sur ce sujet quelqu'un qui observe de l'intérieur les tendances profondes de notre société, distancié par son poste de "think-tanker" qui l'oblige à la rigueur et l'objectivité.
Thierry de Montbrial a beaucoup voyagé, a été en poste à l'étranger, en Roumanie notamment. Il est de culture catholique.
Sa conférence avait une dimension culturelle et spirituelle. Pourquoi? Parce que, selon lui, les difficultés que nous traversons actuellement (nous= société française dans son ensemble) ne sont pas à rechercher seulement dans les faits matériels, mais aussi dans le fait religieux.

jeuneafrique.com
L'auteur a ouvert le débat en remarquant que beaucoup de gens étaient "perdus". En effet, beaucoup pensent que ce qu'on fait ne change rien.
Pour Th. de Montbrial, raisonner ainsi, c'est normal, cela fait partie de la condition humaine de mettre en doute ce qu'on fait, de mettre en doute la finalité de nos actions.
Cependant il compare nos actions à une goutte d'eau qui vient s'unir à l'océan(voir sur la couverture du livre la belle phrase de Mère Térésa). Sans les multiples gouttes d'eau qui le composent, l'océan n'existerait pas. Sans certaines gouttes d'eau, l'océan serait différent, aurait une composition, une salinité, un comportement différent.
En fait, chaque personne a une mission. Parfois, on peut mettre une vie entière à trouver sa voie ou sa mission. Oui, je sais, écrit comme ça, ça fait drôlement pontifiant. Pontifions donc un peu, pour voir.
Ouahou, chaque personne a une mission. Certes. C'est ainsi que les gens qui partent faire le jihad ont aussi le sentiment de trouver leur mission. Leur utilité. Le but de leur vie.
Nous voilà abordant le problème du jihad. Des gens qui partent pour faire le jihad. Ici ou à l'étranger.

La société française et ses racines


Qui partent pour retrouver des racines.
Quid?
Eh bien oui, l'être humain est comme un arbre. Vous connaissez des arbres sans racines, vous? Pas moi! La mission de chaque être humain s'ancre dans ses racines. 
Et pour les Français, quelles sont ces racines? Les voici (liste non exhaustive):
-les racines gréco-romaines: les arènes de Nîmes, d'Arles, la via Domitia que l'on prend lorsqu'on va de la Côte Atlantique à la Méditerranée...le latin, le grec, ces langues sans lesquelles le français n'existerait pas... Ronsard, poète du XVIè, écrivait: "Mignonne, allons voir si la rose...". Eh bien l'origine du mot "rose" c'est le mot latin "rosa". Ça paraît tout bête, mais c'est comme ça. Le nom de la reine des fleurs de nos jardins vient d'un nom latin! C'est comme ça! C'est une racine! le bouquet de roses que vous offrez à votre maman pour la fête des Mères, la rose que vous tendez à l'élue de votre coeur, c'est une racine gréco-romaine! Il faut le faire, quand même!

espritdegoshin.fr
-et les racines judéo-chrétiennes: c'est à dire Notre-Dame de Paris,  toutes les églises qui parsèment le territoire national, les Juifs, le concept de Dieu unique même si on n'y croit pas, tous les monastères, toute la morale de nos sociétés, tu ne tueras point, tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin etc, etc, le buisson ardent, Moïse et les Hébreux qui traversent la Mer Rouge, personne n'a traversé l'Océan Indien avant le tsunami de 2004, la Shoah, le protestantisme, le catholicisme, Luther, l'imprimerie, personne n'a  imprimé ma biographie, la Bible, l'Ancien et le Nouveau Testament, la Rédemption de l'Homme, etcétéra, etcétéra et je t'en passe et des meilleurs! Fais ta liste! Va faire tes courses de racines! Ça t'apprendra, lecteur qui rigole! Oui mon pote, tu baignes dans un océan de racines! Il n'y a pas que des gouttes d'eau dans cet océan, y a aussi des racines! (Peut être qu'un personnage comique, Gaston Lagaffe ou Le Chat répliqueraient: c'est plus un océan, ton truc, c'est une soupe! Je les invite à se manifester...)

Oui d'accord, allez-vous me dire, mais on était dans un débat sur l'actualité, vous vous attendiez à des réponses sur: mais flûte à la fin, qu'est-ce qui s'est réellement passé le 7 janvier? Et nous voilà revenus à la source de nos civilisations! Ça craint! C'est quoi, ce travail?

Religieux: que signifie ce mot?


Déjà, si vous vous posez ces questions, c'est bon signe. 
Bon, revenons à nos moutons: les racines
Nous avons vu que chaque personne a une mission ainsi que des racines culturelles, linguistiques, religieuses...
Ah! Je vous vois tiquer sur le terme "religieux". Je m'y arrête. Stop. 
No panic. Religieux, c'est quoi?
En effet, le mot  "religion" prête à confusion. Pourquoi?
1) ce terme fait référence à la vie spirituelle des gens, leurs croyances, leurs interdits... ce qu'on croit intimement, les convictions, etc.
2) ce terme renvoie aussi aux institutions religieuses, comme le Vatican, le patriarche dans l'Église orthodoxe... qui ont de facto (racine gréco-romaine) un rôle politique.

theicerace.files. wordpress.com


Et c'est là où s'articule notre concept franco-français de laïcité: c'est au coeur de ce dilemme: religieux "privé"; religieux "public-politique".


La loi de 1905 Neutralité de l'État dans les questions religieuses...


Quand la loi de 1905 a été votée (en quelle année? C'était le test pour voir si vous suiviez), l'État avait à coeur de limiter l'influence de l'Église, en tant qu'institution, sur la société, mais certainement pas de créer un pays d'athées! Laïcité, ce terme est un peu relou. Parlons donc de séparation de l'Église et de l'État. Chacun chez soi et les oies seront bien gardées. C'est plus clair ainsi. On laisse tomber laïcité, et c'est gonflant à taper sur le clavier d'ailleurs, pour utiliser "séparation de l''Église et de l'État"(c'est nettement plus long, je vous l'accorde, mais l'idée est claire).
Dans l'histoire de France (retour à nos racines), les souverains (jusqu'en 1793, et après aussi) ont eu à coeur de limiter l'influence de l'Église (en tant qu'institution politique internationale, dont le siège se trouvait à Rome, donc à l'étranger). Cette influence irritait au plus haut point Philippe le Bel (XIIIè siècle), Louis XI (XVème siècle), Louis XIV (XVIIème siècle) jusqu'à Napoléon 1er (le Concordat), car l'Église s'immisçait dans la politique intérieure des souverains et prétendait avoir un droit de regard sur tout. Certains souverains ont même essayé d'imposer le siège du Vatican à Avignon! Les petits filous! Pour avoir le Pape sous leur botte. C'était bien essayé mais ça n'a pas duré longtemps. Donc la République, troisième du nom en 1905, s'est située en droite ligne de toutes ces monarchies qui luttaient pour l'indépendance du pays par rapport à l'Église, et a dit: stop là, je réduis l'aspect politique des institutions religieuses en vigueur dans mon pays.
Or, cette décision n'a rien à voir avec le concept religieux que nous avons vu plus haut, à savoir: le religieux intime, la conviction, la foi individuelle.
Dans la France de la IIIème République, les athées étaient minoritaires (athéisme=négation absolue de toute transcendance, pas de survie de l'âme après la mort, on est là pour rien etc, etc). L'État envisageait plus de contrôler l'ascendant qu'avait l'Église sur la société, plutôt que de remettre en question le monothéisme en lui-même. Ce n'était certes pas une remise en cause des racines chrétiennes de la France, mais une limitation des pouvoirs d'une institution bien temporelle celle-là avec siège social, fonds, budget, affidés... l'Église catholique!

1905, c'est loin me direz-vous. Certes. N'empêche que cette loi n'a jamais été adaptée au contexte historique qui est le nôtre, celui de 2015, avec la diversité culturelle, la mondialisation, l'essor des techniques de l'information... 1905, c'est la neutralité de l'État par rapport aux questions religieuses, érigée en dogme.

histoire-image.org

... mais 1905, ce n'est pas l'abolition de nos racines


Donc, il ne faut pas confondre la loi de 1905 avec une législation maudite qui voudrait abolir les racines de tout un peuple! Nuance!
Malheureusement, l'histoire récente est riche de régimes qui se sont imposés en détruisant les racines des peuples qu'ils prétendaient asservir:
-tiens, on va commencer par l'Angleterre, pour éviter la référence automatique au communisme et au nazisme: l'Angleterre de Cromwell, XVIIè siècle, a pillé et détruit tant d'églises et d'évêchés... ils avaient déjà commencé sous Henri VIII, vous savez, le roi qui faisait décapiter ses épouses quand il s'en lassait, et qui a décidé de supplanter le pape à la tête de l'Église d'Angleterre, créant ainsi "l'anglicanisme" et ça, c'était au XVIème... ils étaient en avance sur notre temps, ces gens-là...
-et un coup pour les Français: les biens du Clergé déclarés Biens Nationaux sous la Révolution, combien d'églises, de terres, de monastères vendus ou détruits? Des oeuvres d'art perdues à tout jamais? Qui faisaient partie de la mémoire collective? À dégager!
-et les références obligatoires en matière de bulldozers culturels et sociaux: j'ai nommé:
1) la révolution bolchévique en Russie de 1917 à y a pas si longtemps...
2) le nazisme qui faisait de grands autodafés (bûchers) de livres allant à l'encontre de la morale de ce régime, qui pillait, détruisait sur son passage, populations entières, bâtiments, idem des mémoires collectives des peuples asservis...
3) la révolution culturelle en Chine, 1966, détruisant le patrimoine historique, architectural, livresque d'un immense pays rempli d'art et de spiritualité...

Notre loi de 1905 n'a rien à voir avec tout ça! Elle est la marque d'un gouvernement qui voulait être indépendant par rapport à une autorité religieuse disposant d'une influence remarquable sur la population du pays. Elle mérite probablement une bonne modernisation, mais elle n'a pas contribué à nous éloigner de nos racines ni à plonger notre société dans l'absence  actuelle de repères. Il y a quelques pistes de modernisation sur:
-le financement des lieux de culte
-l'obligation de prêcher en français...
entre autres.


Selon Thierry de Montbrial, le malaise de la société française vient de...


Thierry de Montbrial voit deux origines socio-économiques à l'état actuel du pays:
-la mondialisation sauvage qui permet l'interpénétration non contrôlée des populations;

pirmax.fr

-les technologies de l'information, très déstabilisantes: tout se fait sur le registre de l'émotion et de la vitesse. Les TI excitent les réactions instantanées, la raison ne peut plus s'exercer, car, pour raisonner il faut... il faut? (j'attends les réponses, là, magnez-vous, je ne vais pas attendre cent sept ans)
Il faut quoi pour réfléchir?
du TEMPS et du SILENCE!
Or, ces deux éléments fondamentaux n'existent plus dans la vie de beaucoup d'entre nous, du fait de notre rythme de travail (transports etc.), de nos lieux d'habitation (souvent exigus et habitations de masse), mais aussi du fait des technologies de l'information, avec lesquelles il faut réagir immédiatement et fort si on veut EXISTER dans le virtuel! Alors?

Là, j'extrapole la conférence:
C'est ce qu'ils ont fait le 7 janvier à Paris! Ils ont agi vite et fort! Pour frapper l'opinion! Pour faire douter ceux qui doutaient déjà! Pour ajouter encore plus d'indécision et d'incertitude dans une société paumée en quête de repères! Mais ceux qui ont commis ces actes, eux:
-ils ne doutent de rien, ils ont raison;
-ils ont des croyances bien établies;
-ils ont des racines (Islam, Coran, imams, repères sociologiques dans l'Umma ou communauté des croyants musulmans);
-ils ont un dogme et des lois qui leur donnent raison, ce qui revient un peu au point précédent, excusez-moi;
-un avenir idyllique: ils sont morts en héros et seront accueillis au Paradis.
Ils prennent le temps d'aller à la mosquée, d'écouter les prêches de l'imam, de se laisser envoûter, de réfléchir, d'étudier leur livre sacré, de communiquer avec d'autres croyants...

D'où la question: pourquoi pas nous? Pourquoi n'aurions-nous pas, nous aussi, cette force de conviction?
Or, de notre côté:
-nous doutons
-nous n'avons plus de croyances bien établies
-nous nous éloignons de nos racines ou nous les galvaudons,
-nous ne croyons plus en un avenir idyllique (pour ça, je ne peux pas nous donner tort: toutes les idéologies que nous avons suivies pour créer un meilleur avenir mondial ont tourné au cauchemar, sans exception: inquisition, colonisation, voir "le fardeau de l'homme blanc" de Rudyard Kipling, le communisme, le fascisme, la conquête du Nouveau Monde, de l'Australie...)

C'était un article fondé sur une prise de notes lors d'une soirée conviviale à l'IFRI. Qu'on se le dise.

mebahiah42.com